Longtemps sujet à débat, le marquage des routes étroites vient de franchir une étape décisive. En effet, depuis mars 2024, la réglementation française de la signalisation routière l’intègre désormais officiellement. Ainsi, cette évolution couronne plusieurs décennies d’observations, de tests et d’adaptations que les gestionnaires de voirie ont menés sur le terrain.
Marquage des routes étroites : une évolution réglementaire majeure
En France, la 7ᵉ partie de l’Instruction interministérielle sur la signalisation routière encadre la signalisation horizontale. De manière générale, le marquage au sol n’a rien de systématique : en dehors de situations précises comme les intersections ou les feux, il reste facultatif.
Jusqu’à récemment, les routes étroites — c’est-à-dire les chaussées bidirectionnelles de largeur inférieure ou égale à 5,20 mètres — faisaient exception. En effet, la doctrine recommandait de ne pas les marquer, afin d’éviter de donner aux conducteurs un faux sentiment de sécurité. Toutefois, cette approche a évolué avec l’arrêté du 15 mars 2024, qui autorise désormais explicitement un marquage axial spécifique sur ces voies.

30 ans d’expérimentations sur le terrain
Cette introduction ne s’est pas faite du jour au lendemain. Dès les années 1990, en effet, des expérimentations ont répondu à une question simple : comment améliorer la lisibilité des routes étroites sans inciter à rouler plus vite ?
Ainsi est né le marquage de route étroite (MRE), fondé sur un principe de guidage visuel discret. Concrètement, l’objectif n’était pas de structurer la chaussée comme une route classique, mais d’aider les usagers à mieux se positionner, notamment dans des conditions difficiles (brouillard, nuit, intempéries).
Les résultats, eux, ont été clairs :
- pas d’augmentation significative des vitesses,
- pas d’impact négatif sur l’accidentalité,
- une amélioration du confort de conduite.
Par conséquent, ces conclusions ont favorisé une adoption progressive du dispositif par de nombreux départements.
Un marquage aujourd’hui largement adopté
D’ailleurs, les enquêtes que le Cerema a menées en 2000 puis en 2022 montrent que ce type de marquage s’est diffusé de manière homogène sur le territoire. Aujourd’hui, une majorité de gestionnaires de voirie l’utilisent, ce qui prouve son efficacité et son acceptation sur le terrain.
Naturellement, cette généralisation a conduit à sa reconnaissance officielle dans la réglementation.

Ce que dit la nouvelle réglementation
Concrètement, le cadre réglementaire introduit en 2024 précise les conditions d’utilisation du marquage des routes étroites :
- il s’applique aux routes bidirectionnelles hors agglomération de moins de 5,20 m de large ;
- il consiste en un marquage axial blanc rétroréfléchissant ;
- les éléments s’espacent d’environ 15 mètres ;
- on peut ajuster cet espacement pour garantir une bonne visibilité (au moins deux marques visibles simultanément) ;
- ce marquage exclut toute autre ligne axiale ou de rive ayant une fonction de guidage.
Enfin, dans les zones particulières (intersections, points singuliers), les règles classiques de marquage restent applicables.

Un outil de guidage, pas une contrainte
Contrairement aux lignes classiques (continues ou discontinues), ce marquage n’impose pas une règle stricte de circulation. Il relève davantage d’une logique de guidage visuel.
Ainsi, cette philosophie rejoint les principes généraux du marquage routier : informer, orienter et sécuriser sans surcharger la chaussée. Pour rester efficace, en effet, le marquage doit demeurer lisible, cohérent et adapté au contexte.

Vers une signalisation plus adaptée aux usages
Plus largement, l’officialisation du marquage des routes étroites illustre une évolution de la signalisation routière : passer d’une logique normative stricte à une approche plus pragmatique, fondée sur les usages réels.
En effet, dans un contexte où les collectivités cherchent à :
- améliorer la sécurité sans alourdir les infrastructures,
- adapter les routes aux contraintes locales,
- optimiser les coûts d’aménagement,
ce type de solution apparaît comme un compromis efficace entre simplicité, lisibilité et sécurité.
Conclusion
Finalement, après plus de 30 ans d’expérimentation, le marquage des routes étroites entre officiellement dans le cadre réglementaire français. Ainsi, cette reconnaissance valide une pratique de terrain éprouvée, qui améliore la perception des usagers sans dégrader leur comportement.
En définitive, c’est une avancée importante pour les collectivités : elles disposent désormais d’un outil supplémentaire pour sécuriser leurs réseaux secondaires, tout en conservant une approche souple et adaptée aux réalités locales.
Pour aller plus loin : Cerema — Officialisation du marquage des routes étroites · Sécurité routière (gouv.fr)
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